«Mégantic»: Au-delà de la tragédie ferroviaire

Le 6 juillet 2013, peu après 23 h, le déraillement d’un train transportant 7,7 millions de litres de pétrole brut léger provoque dans les heures suivantes des explosions et un incendie d’une telle force que tout le centre-ville de Lac-Mégantic est ravagé et que 47 personnes y trouvent la mort.

« On se remet pas d’une histoire comme ça. On survit. On s’accroche à ceux qui restent. On les redécouvre même parfois avec un regard différent », dit l’un des personnages de Mégantic, série de huit épisodes produite par Sophie Lorain, Alexis Durand-Brault et Antonello Cozzolino pour ALSO qui raconte le drame des Méganticois, dont 2000 ont dû être évacués de leur résidence à cause de la puissance des flammes.

Réalisée par Alexis Durand-Brault, qui signe le scénario avec Sylvain Guy, qui a refusé trois fois avant d’accepter de raconter cette histoire ayant bouleversé le monde entier, Mégantic est une fiction chorale à grand déploiement inspirée des témoignages d’une cinquantaine de personnes ayant été témoins de la tragédie. « On n’a pas souvent l’argent pour raconter nos histoires, confie le réalisateur, mais quand tu fais une série sur Mégantic, il faut y aller à fond. Le défi était d’abord financier, mais l’autre gros risque, c’est de raconter une grosse histoire avec du monde toujours vivant avec le parti pris de ne pas prendre de têtes d’affiche. »

À l’exception de l’épisode 7, consacré au conducteur de la locomotive Thomas Harding, renommé Tim Richards (Duanne Murray) pour les besoins de la fiction, c’est l’aspect humain et non politique qui intéressait l’équipe de production. « Sous le champignon, on voulait découvrir les vrais humains, les vraies histoires », rappelle Sophie Lorain. Les questions politiques seront abordées dans la série documentaire de Philippe Falardeau, inspirée de l’essai d’Anne-Marie Saint-Cerny, Mégantic, une tragédie annoncée (Écosociété, 2021), qui sortira plus tard en 2023.

Chaque épisode suit le parcours d’un personnage ou d’une famille : les uns se terminent sur une note d’espoir ; les autres abandonnent les personnages à un sort terrible. Mardi matin, lors du visionnement de presse des épisodes 1, placé sous le signe des amours tragiques, et 3, portant sur l’héroïsme, on a pu découvrir Gab (Lauren Hartley), aspirante chanteuse, et Pat (Olivier Gervais-Courchesne), son soupirant spécialisé en soudure sous-marine, puis les Lamarre, dont Vincent (Bruno Marcil, qui avait incarné Thomas Harding dans la pièce Les Harding, d’Alexia Bürger, en 2018), Daniel (Éric Robidoux) et Julie (Isabelle Guérard).

 

Les scénaristes ayant voulu rendre hommage à ceux qui ont perdu la vie au lendemain de la tragédie, l’épisode 4 sera consacré à Bryan (Joakim Robillard), apprenti pompier traumatisé par une macabre découverte au moment de combattre l’incendie. « Il fallait respecter le désir de leur famille qu’ils ne soient pas oubliés », dit Sylvain Guy.

Était-il trop tôt pour lancer une telle série ? « Il n’y a pas de bonne réponse », répond Denis Dubois, vice-président aux contenus originaux chez Québecor, qui révèle que le mot d’ordre était « de travailler ce sujet-là avec beaucoup de sensibilité ». Alors qu’une série canadienne serait déjà en branle et qu’une plateforme américaine aurait signifié son intérêt à raconter la tragédie ferroviaire, il croit que « par respect pour la population de Mégantic, les Québécois devaient être les premiers à le faire ».

À quelques jours de la diffusion de Mégantic sur la plateforme Club illico, la Santé publique a transmis sept recommandations aux gens du Granit — une première au Québec. Lundi, la série a été présentée à Lac-Mégantic lors d’une projection publique encadrée, laquelle a suscité plus de témoignages que de questions. Si le scénariste Sylvain Guy a révélé se sentir soulagé, Alexis Durand-Brault n’a pas caché qu’il était encore ébranlé par l’expérience. « J’aime vraiment les Méganticois, ce sont des gens courageux, et j’étais bouleversé hier de me retrouver devant eux, de les voir continuer à vivre, s’occuper de leurs enfants. J’ai peut-être essayé avec la lumière, avec la mise en scène, de leur donner un peu d’espoir. »

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